Il y a des plats qui annoncent une saison avant même que l’on regarde par la fenêtre. Pour moi, le gratin de courge fait partie de ceux-là. Dès que son parfum légèrement sucré commence à se mêler à celui du fromage chaud dans le four, je retrouve immédiatement les premières soirées fraîches de l’automne lyonnais, lorsque la lumière baisse plus tôt et que l’on recommence à chercher des recettes généreuses à poser au milieu de la table.
Je suis Amélie Laurent, cheffe lyonnaise, et j’ai toujours aimé cette période où la cuisine change doucement de rythme. Les tomates estivales cèdent leur place aux courges, aux noix, aux champignons et aux fromages plus réconfortants. Dans ma cuisine, la butternut est devenue au fil des années une formidable alternative à la pomme de terre. Sa chair veloutée et légèrement sucrée permet de revisiter les grands classiques sans leur retirer leur caractère familial.
C’est justement ainsi qu’est né ce gratin de courge butternut au reblochon et noix. Je voulais retrouver la générosité d’un gratin dauphinois tout en lui donnant une personnalité différente. Le reblochon apporte son fondant et son goût lacté, tandis que les noix réveillent l’ensemble avec leur croquant légèrement boisé.
Le résultat est un gratin très simple à préparer, mais particulièrement gourmand : des tranches de butternut tendres, imprégnées de crème et de muscade, recouvertes d’un reblochon coulant et doré, puis ponctuées de noix grillées par la chaleur du four.
C’est exactement le genre de plat que j’aime servir lorsque la cuisine doit être à la fois généreuse, accessible et pleine de caractère.
Les ingrédients sous l’œil de la cheffe
Dans une recette aussi simple, la qualité des ingrédients fait toute la différence. Il n’est pas nécessaire d’en multiplier le nombre : quelques bons produits, choisis avec soin, suffisent pour obtenir un gratin profondément savoureux. Ici, chaque ingrédient a une fonction précise, de la douceur de la courge au caractère du reblochon en passant par la texture des noix.
Pour 6 personnes, vous aurez besoin de :
- 1 courge butternut d’environ 1,2 kg
- 1 reblochon
- 20 cl de crème liquide
- 1 gousse d’ail
- 50 g de cerneaux de noix
- 1 cuillère à soupe d’huile d’olive
- Sel
- Poivre fraîchement moulu
- Noix de muscade
La courge butternut
La butternut est évidemment le cœur de cette recette. J’aime particulièrement cette courge parce que sa chair est à la fois douce, dense et naturellement crémeuse après cuisson. Contrairement à certaines courges plus aqueuses, elle conserve suffisamment de tenue pour former de belles couches dans un gratin.
Lorsque vous la choisissez, recherchez une courge lourde par rapport à sa taille, avec une peau beige uniforme, mate et ferme. Évitez celles qui présentent des zones molles ou de grandes marques sombres.
Une butternut possédant un long col est particulièrement pratique pour cette recette, car cette partie contient peu de graines et permet de réaliser facilement des rondelles régulières.
Si vous n’en trouvez pas, vous pouvez utiliser du potimarron. Son goût sera plus prononcé, légèrement proche de la châtaigne. Sa texture est également un peu différente, mais elle fonctionne très bien avec le reblochon.
Le reblochon
Le reblochon transforme véritablement ce gratin. Lorsqu’il chauffe, sa pâte devient crémeuse tandis que sa croûte développe des arômes plus intenses. En le déposant croûte vers le haut, on obtient cette surface légèrement dorée et fondante qui rappelle les gratins savoyards.
Choisissez un reblochon souple au toucher, sans être complètement coulant. Un fromage trop jeune aura moins de caractère, tandis qu’un reblochon très affiné risque de dominer la douceur de la butternut.
Vous pouvez le remplacer par un fromage à pâte souple et fondante. Un mont d’or, lorsqu’il est de saison, donnera un résultat particulièrement crémeux. Un fromage de type raclette peut également convenir pour une version plus douce.
Les noix
On pourrait croire que les noix jouent ici un rôle secondaire. Pourtant, leur présence est essentielle à l’équilibre du plat.
Le gratin est naturellement tendre et crémeux. Sans contraste, cette texture pourrait devenir un peu uniforme après quelques bouchées. Les noix apportent précisément cette rupture avec leur croquant.
Je préfère utiliser des cerneaux de noix entiers que je casse grossièrement à la main juste avant de les ajouter. Ils conservent ainsi davantage de texture.
Des noisettes légèrement concassées peuvent également remplacer les noix. Leur goût grillé se marie admirablement avec la courge.
La crème et la muscade
Une crème liquide entière donnera le résultat le plus gourmand. La matière grasse permet d’enrober la courge et de former une sauce naturellement onctueuse pendant la cuisson.
Quant à la muscade, utilisez-la avec mesure. Quelques passages sur une râpe suffisent. Elle doit soutenir les saveurs, jamais les masquer.
La préparation pas à pas
Ce gratin ne demande aucune technique compliquée. Le véritable secret réside surtout dans la finesse des tranches et dans la cuisson en deux temps. La première cuisson attendrit la courge avec la crème, tandis que la seconde permet au reblochon de fondre et aux noix de légèrement griller.
1. Préparer la courge butternut
Préchauffez votre four à 190°C.
Coupez d’abord les deux extrémités de la courge afin de pouvoir la poser bien à plat. Épluchez-la ensuite avec un économe robuste ou un petit couteau bien aiguisé.
Coupez la butternut dans la longueur et retirez les graines à l’aide d’une cuillère.
Découpez ensuite la chair en tranches d’environ 5 mm d’épaisseur. Essayez d’obtenir une épaisseur relativement régulière afin que toutes les tranches cuisent au même rythme.
Le Conseil de Cheffe : si vous possédez une mandoline, elle est particulièrement pratique pour cette étape. Réglez-la sur une épaisseur d’environ 4 à 5 mm. Gardez cependant toujours le protège-main, car la chair ferme de la butternut peut demander un peu de pression. Avec un couteau, prenez simplement votre temps. Des tranches légèrement irrégulières ne gâcheront absolument pas le gratin.
2. Parfumer le plat à gratin
Épluchez la gousse d’ail et coupez-la en deux.
Frottez généreusement le fond et les parois de votre plat à gratin avec la partie coupée de l’ail.
Versez ensuite une cuillère à soupe d’huile d’olive et répartissez-la sur toute la surface.
Ce geste peut sembler discret, mais il parfume délicatement la préparation pendant toute la cuisson.
Le Conseil de Cheffe : après avoir frotté le plat, ne jetez pas nécessairement la gousse d’ail. Si vous appréciez son parfum, hachez-en une petite moitié très finement et glissez-la entre deux couches de courge. Je déconseille néanmoins d’en mettre trop, car l’ail ne doit pas écraser la douceur naturelle de la butternut.
3. Former les couches de butternut
Disposez les tranches de courge dans le plat en les faisant légèrement se chevaucher.
Vous pouvez réaliser plusieurs couches selon la profondeur de votre plat.
Assaisonnez légèrement chaque couche avec du sel, quelques tours de moulin à poivre et une petite quantité de noix de muscade fraîchement râpée.
Cette répartition progressive de l’assaisonnement est importante. Si vous assaisonnez uniquement la surface, les couches inférieures risquent de paraître fades.
Le Conseil de Cheffe : soyez raisonnable avec le sel. Le reblochon qui viendra ensuite possède déjà une belle salinité. Je préfère saler légèrement la courge et rectifier éventuellement dans l’assiette plutôt que de découvrir à la fin de la cuisson un gratin trop salé.
4. Ajouter la crème et commencer la cuisson
Versez les 20 cl de crème liquide sur les tranches de butternut.
Essayez de la répartir sur toute la surface. Elle descendra progressivement entre les couches pendant la cuisson.
Enfournez le plat pendant environ 30 minutes à 190°C.
À ce stade, la courge doit commencer à devenir tendre, mais elle n’a pas encore besoin d’être totalement cuite.
Vous pouvez vérifier la cuisson en plantant la pointe d’un couteau dans une tranche située au centre du plat. Elle doit commencer à s’enfoncer facilement tout en rencontrant encore une légère résistance.
Le Conseil de Cheffe : la quantité d’eau contenue dans les courges varie. Si votre butternut est particulièrement sèche, vous pouvez ajouter deux ou trois cuillères à soupe de crème supplémentaires. En revanche, évitez de noyer le gratin. La courge va elle-même libérer un peu d’humidité pendant la cuisson.
5. Ajouter le reblochon et les noix
Pendant la première cuisson, préparez le reblochon.
Coupez-le horizontalement en deux dans son épaisseur afin d’obtenir deux grands disques.
Sortez le plat du four après les 30 premières minutes de cuisson.
Déposez les deux moitiés de reblochon sur la butternut, la croûte tournée vers le haut.
Répartissez ensuite les cerneaux de noix autour du fromage. Vous pouvez les laisser entiers ou les casser grossièrement avec les doigts.
Le Conseil de Cheffe : ne retirez pas la croûte du reblochon. Elle est parfaitement comestible et participe au caractère du plat. En chauffant, elle va légèrement dorer tandis que l’intérieur du fromage fondra progressivement dans la courge.
6. Terminer la cuisson
Remettez le plat au four pour environ 20 minutes.
Surveillez la fin de la cuisson. Le reblochon doit être complètement fondu et légèrement doré sur le dessus. Les noix doivent également commencer à griller.
La butternut, quant à elle, doit être parfaitement tendre lorsque vous la piquez avec un couteau.
Lorsque le gratin est prêt, sortez-le du four et laissez-le reposer environ 5 à 10 minutes avant de servir.
Ce petit temps de repos permet à la crème et au fromage fondu de se stabiliser légèrement.
Le Conseil de Cheffe : si votre reblochon est parfaitement fondu mais manque encore un peu de couleur, passez le gratin sous le gril pendant une ou deux minutes. Restez cependant devant votre four. Entre un fromage joliment doré et des noix brûlées, il suffit parfois de quelques dizaines de secondes.
Variations et accords parfaits
J’aime les recettes capables de vivre plusieurs vies. Une bonne base doit pouvoir évoluer selon la saison, ce que l’on trouve dans le réfrigérateur ou simplement l’envie du jour. Ce gratin de butternut s’y prête particulièrement bien, car la courge accepte volontiers les épices, les herbes et les fromages de caractère.
Ma Touche Créative : une version au thym et aux noisettes
Remplacez les noix par des noisettes grossièrement concassées et ajoutez quelques feuilles de thym frais entre les couches de butternut.
Le parfum légèrement résineux du thym souligne très bien le côté sucré de la courge tandis que la noisette apporte une note encore plus automnale.
Pour accentuer le contraste, vous pouvez également ajouter quelques gouttes d’huile de noisette juste avant de servir. Utilisez-la en finition plutôt qu’avant la cuisson afin de préserver son parfum.
Ma Touche Créative : une version légèrement épicée
Pour donner au gratin une personnalité différente, ajoutez une petite pincée de piment d’Espelette dans la crème avant de la verser sur la butternut.
Vous pouvez également utiliser une pointe de curry doux. Je conseille cependant de rester légère sur les épices : l’objectif n’est pas de transformer complètement le plat, mais de donner davantage de profondeur à la douceur de la courge.
Accords Gourmands : côté vin
Avec la texture crémeuse du reblochon, j’aime servir un vin possédant suffisamment de fraîcheur pour alléger la bouche.
Un Beaujolais blanc à base de chardonnay est une très belle option régionale. Sa fraîcheur et ses notes fruitées accompagnent bien la richesse du fromage sans entrer en concurrence avec lui.
Pour une autre possibilité, un vin blanc de Savoie sec et vif, comme un Apremont, fonctionne également très bien. Sa fraîcheur répond naturellement au reblochon.
Accords Gourmands : côté accompagnement
Ce gratin étant généreux, je préfère l’accompagner de quelque chose de simple.
Une salade de mâche ou de jeunes pousses assaisonnée d’une vinaigrette légèrement moutardée apporte juste ce qu’il faut d’acidité.
Pour un repas plus complet, vous pouvez également servir le gratin avec une viande rôtie ou une volaille. Mais il se suffit parfaitement à lui-même pour un dîner végétarien accompagné d’une belle salade.
Conservation, congélation et réchauffage
Un gratin généreux mérite aussi une seconde vie lorsqu’il en reste. La butternut et le reblochon supportent plutôt bien la conservation à condition de respecter quelques règles simples afin de préserver la texture crémeuse du plat.
Conservation
Laissez d’abord le gratin revenir à température ambiante après le repas, sans toutefois le laisser plusieurs heures hors du réfrigérateur.
Placez ensuite les restes dans une boîte hermétique ou couvrez soigneusement le plat.
Vous pouvez conserver le gratin au réfrigérateur pendant environ 2 à 3 jours.
Je préfère conserver les portions dans un contenant peu profond. Elles refroidissent plus rapidement et sont ensuite plus faciles à réchauffer.
Congélation
Ce gratin peut être congelé, même si sa texture sera légèrement moins crémeuse après décongélation. La courge peut rendre un peu d’eau et la crème peut se séparer légèrement.
Pour obtenir le meilleur résultat, laissez complètement refroidir le gratin avant de le diviser en portions.
Placez chaque portion dans un contenant adapté au congélateur et consommez-la idéalement dans les deux mois.
Pour la décongélation, placez la portion au réfrigérateur la veille. Une décongélation lente limite la quantité d’eau libérée par la courge.
Réchauffage
Le four reste selon moi la meilleure solution.
Placez le gratin dans un plat adapté, couvrez-le légèrement et réchauffez-le à environ 160°C pendant 15 à 20 minutes selon la taille de la portion.
Retirez la couverture pendant les dernières minutes pour permettre au fromage de retrouver une surface légèrement gratinée.
Si le gratin semble un peu sec, ajoutez une cuillère de crème avant de le mettre au four.
Le micro-ondes peut dépanner pour une portion individuelle, mais la texture du fromage sera moins agréable et les noix perdront une partie de leur croquant.
FAQ : vos questions fréquentes
Lorsque je prépare ce type de gratin à ma table d’hôtes, certaines questions reviennent régulièrement. Elles concernent surtout la texture de la courge, les substitutions possibles et la manière d’adapter la recette. Voici les réponses que je donne le plus souvent.
Puis-je préparer ce gratin à l’avance ?
Oui, mais je conseille de ne pas effectuer la totalité de la cuisson à l’avance.
Vous pouvez préparer et cuire la butternut avec la crème pendant les 30 premières minutes. Laissez ensuite refroidir le plat, couvrez-le et placez-le au réfrigérateur.
Au moment du repas, ajoutez le reblochon et les noix, puis poursuivez la cuisson.
Sortez simplement le plat du réfrigérateur une vingtaine de minutes avant de l’enfourner afin d’éviter un choc thermique trop important, surtout si votre plat est en céramique ou en verre.
Cette méthode permet de gagner du temps tout en conservant un fromage parfaitement fondant.
Que faire si mon gratin rend beaucoup d’eau ?
Certaines courges contiennent naturellement davantage d’eau que d’autres.
Si vous constatez beaucoup de liquide après la première phase de cuisson, ne vous inquiétez pas immédiatement. Une partie va encore s’évaporer lorsque vous poursuivrez la cuisson avec le reblochon.
Si le gratin reste vraiment trop liquide en fin de cuisson, prolongez-le de cinq à dix minutes sans couvrir.
Évitez également de couper des tranches trop épaisses. Une courge correctement tranchée et suffisamment cuite absorbe mieux la crème.
À l’inverse, si votre gratin paraît trop sec, vous pouvez verser quelques cuillères de crème chaude sur les côtés du plat avant les dernières minutes de cuisson.
Par quoi puis-je remplacer le reblochon ?
Le choix dépend surtout du résultat que vous recherchez.
Pour rester dans un registre très gourmand, un fromage à raclette est une solution simple et efficace. Il donnera un goût un peu plus doux.
Un mont d’or donnera une texture extrêmement crémeuse, tandis qu’un fromage à pâte persillée apportera davantage de puissance. Dans ce dernier cas, utilisez-en une quantité plus faible afin de ne pas masquer complètement la saveur de la butternut.
Vous pouvez également utiliser du chèvre pour une version plus fraîche et légèrement acidulée. Une bûche de chèvre coupée en rondelles fonctionne très bien avec la courge et les noix.
Un gratin d’automne à partager
Ce gratin de courge butternut au reblochon et noix résume tout ce que j’aime dans la cuisine d’automne. Il ne demande ni gestes compliqués ni longue liste d’ingrédients, mais il transforme quelques produits simples en un plat profondément chaleureux.
La butternut devient tendre et presque crémeuse, le reblochon apporte cette générosité irrésistible du fromage fondu et les noix viennent réveiller chaque bouchée avec leur croquant.
J’aime particulièrement le poser directement au centre de la table, encore frémissant, accompagné d’une salade fraîche et d’un bon morceau de pain.
C’est aussi cela, pour moi, la cuisine : prendre une tradition familière, ici celle du gratin, puis lui donner une nouvelle personnalité sans perdre ce qui la rend réconfortante.
Alors laissez le four chauffer, coupez la courge, faites fondre le fromage et surtout, prenez le temps de partager ce plat bien chaud. Les recettes les plus simples sont souvent celles autour desquelles naissent les meilleurs souvenirs.









