Il y a des recettes qui arrivent dans une cuisine presque par hasard, puis qui finissent par revenir chaque année comme un rendez-vous attendu. Ce risotto à la courge butternut fait partie de celles-là. Je me souviens encore d’un dimanche d’octobre à Lyon, lorsque la lumière commençait à décliner tôt et que la cuisine de ma table d’hôtes embaumait la courge rôtie, le beurre chaud et le parmesan fraîchement râpé.
J’avais quelques butternuts posées sur le plan de travail, encore couvertes d’un peu de terre, et l’envie d’un plat généreux mais suffisamment élégant pour être servi le soir même. J’ai alors pensé au risotto, ce plat que j’avais appris à respecter lors de mes années de cuisine à Genève, où un chef italien m’avait répété une phrase que je n’ai jamais oubliée : un bon risotto ne se précipite jamais.
J’ai donc décidé de travailler la courge de deux façons. Une partie rôtie au four, pour développer des notes légèrement caramélisées, et une autre transformée en purée soyeuse pour envelopper chaque grain de riz.
Le résultat est devenu l’un de mes risottos d’automne préférés : crémeux sans être lourd, doux sans être fade, avec la profondeur du parmesan et cette jolie couleur orangée qui met immédiatement de bonne humeur.
Voici donc mon risotto crémeux à la courge butternut et parmesan, un plat simple dans ses ingrédients, mais merveilleusement raffiné lorsqu’on prend le temps de le préparer avec attention.
Les ingrédients sous l’œil de la cheffe
Un risotto réussi repose rarement sur une longue liste d’ingrédients. Au contraire, quelques bons produits suffisent, à condition de comprendre le rôle de chacun. Ici, la douceur de la courge, l’amidon du riz, le caractère du parmesan et le beurre travaillent ensemble pour créer cette texture veloutée que nous recherchons.
Pour 4 personnes, vous aurez besoin de :
- 300 g de riz à risotto, de préférence arborio
- 500 g de courge butternut
- 1 oignon
- 1 verre de vin blanc sec
- 1 litre de bouillon de légumes chaud
- 60 g de parmesan râpé
- 30 g de beurre
- 2 cuillères à soupe d’huile d’olive
- Sel
- Poivre
Le riz à risotto
Le choix du riz est essentiel. L’arborio est probablement le plus facile à trouver et fonctionne parfaitement pour cette recette. Ses grains riches en amidon permettent d’obtenir cette texture crémeuse caractéristique du risotto tout en conservant une certaine tenue.
Lorsque vous achetez votre riz, vérifiez simplement qu’il porte bien la mention arborio ou riz spécial risotto. Évitez le riz long grain classique : même cuit lentement dans le bouillon, il ne libérera pas suffisamment d’amidon.
Si vous trouvez du carnaroli, vous pouvez également l’utiliser. Je l’aime beaucoup parce qu’il reste légèrement plus ferme à cœur et pardonne davantage une minute de cuisson supplémentaire.
La courge butternut
Choisissez une butternut bien ferme, lourde par rapport à sa taille, avec une peau mate et sans zones molles. Une courge très légère peut avoir commencé à se dessécher à l’intérieur.
Dans cette recette, la butternut joue deux rôles. La purée apporte de l’onctuosité et une douceur naturelle, tandis que les dés rôtis donnent du relief et de petites notes caramélisées.
Vous pouvez remplacer la butternut par du potimarron. Sa saveur sera un peu plus marquée, avec une légère note de châtaigne très agréable.
Le parmesan
Le parmesan apporte bien plus que du sel. Il donne au risotto de la profondeur, de la longueur en bouche et cette saveur légèrement fruitée typique des fromages longuement affinés.
Je vous conseille, lorsque c’est possible, d’acheter un morceau de Parmigiano Reggiano et de le râper au dernier moment. Il fondra beaucoup mieux qu’un parmesan déjà râpé depuis plusieurs jours.
Un Grana Padano peut parfaitement le remplacer. Pour une version plus corsée, un pecorino doux peut également fonctionner, mais utilisez-le avec parcimonie car il est généralement plus salé.
La préparation pas à pas
Le risotto impressionne parfois les cuisiniers débutants, alors qu’il repose surtout sur de l’attention et quelques gestes simples. Prenez votre temps, gardez votre bouillon bien chaud et goûtez régulièrement. C’est le meilleur moyen d’obtenir une cuisson parfaitement maîtrisée.
- Préparer la courge butternut
Épluchez la courge butternut, retirez les graines puis découpez la chair en petits dés réguliers.
Séparez la courge en deux portions.
Disposez la première moitié sur une plaque de cuisson. Ajoutez un filet d’huile d’olive, une pincée de sel et un peu de poivre. Mélangez pour bien enrober les morceaux.
Faites rôtir dans un four préchauffé à 200 °C pendant environ 20 minutes, jusqu’à ce que les morceaux soient tendres et légèrement dorés sur les bords.
Pendant ce temps, faites cuire l’autre moitié de la courge à la vapeur jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement tendre. Mixez-la ensuite afin d’obtenir une purée lisse.
Le Conseil de Cheffe : ne surchargez pas la plaque de cuisson. Si les morceaux de courge sont trop serrés, ils vont cuire dans leur vapeur au lieu de rôtir. Laissez un peu d’espace entre eux pour obtenir cette légère caramélisation qui fera toute la différence au moment du service.
- Faire revenir l’oignon
Épluchez puis émincez finement l’oignon.
Dans une casserole large ou une sauteuse à fond épais, faites chauffer les deux cuillères à soupe d’huile d’olive à feu moyen.
Ajoutez l’oignon et faites-le revenir environ 3 minutes. Il doit devenir translucide sans prendre trop de couleur.
Le Conseil de Cheffe : prenez le temps de couper l’oignon très finement. Dans un risotto, il doit presque disparaître pendant la cuisson. On doit sentir sa douceur, jamais rencontrer de gros morceaux dans l’assiette.
- Nacrer le riz
Ajoutez le riz directement dans la casserole avec l’oignon.
Remuez pendant environ 2 minutes afin que les grains soient bien enrobés d’huile et chauffent légèrement.
Vous remarquerez que les grains deviennent légèrement translucides sur les bords tout en restant blancs au centre.
C’est ce que l’on appelle nacrer le riz.
Le Conseil de Cheffe : ne rincez surtout pas le riz avant de préparer un risotto. En le rinçant, vous élimineriez une partie de l’amidon présent à sa surface, précisément celui dont nous avons besoin pour obtenir une texture crémeuse.
- Déglacer avec le vin blanc
Versez le verre de vin blanc sec sur le riz chaud.
Remuez et laissez cuire quelques instants jusqu’à ce que presque tout le liquide se soit évaporé.
Le parfum du vin doit devenir beaucoup plus doux. L’objectif est de conserver son acidité et ses arômes, pas son goût d’alcool.
Le Conseil de Cheffe : utilisez un vin que vous accepteriez volontiers de boire à table. Il n’est pas nécessaire de choisir une grande bouteille, mais évitez les vins très sucrés ou fortement oxydés.
- Cuire progressivement avec le bouillon
Maintenez le bouillon de légumes chaud dans une autre casserole.
Versez une première louche de bouillon sur le riz.
Remuez régulièrement jusqu’à ce que le liquide soit presque absorbé, puis ajoutez une nouvelle louche.
Continuez ainsi progressivement pendant environ 18 minutes.
Le riz doit rester légèrement ferme à cœur tout en étant entouré d’une sauce naturellement crémeuse.
Le Conseil de Cheffe : le bouillon doit toujours être chaud. Ajouter un liquide froid interromprait la cuisson du riz et pourrait rendre sa texture moins régulière.
Il n’est pas non plus nécessaire de remuer sans arrêt. Un mouvement régulier suffit. Trop travailler le riz pourrait libérer excessivement l’amidon et donner une texture collante plutôt que crémeuse.
- Incorporer la purée de butternut
Lorsque le riz approche de la cuisson idéale, ajoutez progressivement la purée de butternut.
Mélangez délicatement afin qu’elle se répartisse parfaitement entre les grains.
La couleur du risotto va alors devenir magnifiquement orangée et sa texture encore plus enveloppante.
Ajoutez ensuite le parmesan râpé.
Mélangez à nouveau et goûtez avant d’ajuster l’assaisonnement.
Le Conseil de Cheffe : attendez toujours d’avoir ajouté le parmesan avant de saler définitivement votre risotto. Le fromage et le bouillon contiennent déjà du sel, et il est beaucoup plus simple d’en ajouter que d’en retirer.
- Effectuer la mantecatura
Retirez la casserole du feu.
Ajoutez les 30 g de beurre froid coupé en petits morceaux.
Mélangez vivement pendant quelques secondes afin d’émulsionner le beurre avec l’amidon du riz.
Cette dernière étape, appelée mantecatura en italien, donne au risotto sa texture brillante et presque satinée.
Laissez reposer une minute avant de servir.
Le Conseil de Cheffe : le risotto doit rester légèrement fluide. Lorsque vous inclinez l’assiette, il doit s’étaler doucement plutôt que rester compact comme une purée. S’il vous semble trop épais, ajoutez simplement quelques cuillères de bouillon chaud avant de servir.
- Dresser et servir
Répartissez immédiatement le risotto dans des assiettes chaudes.
Disposez les dés de butternut rôtis sur le dessus.
Ajoutez quelques copeaux ou un peu de parmesan fraîchement râpé, puis terminez par un tour de moulin à poivre.
Servez sans attendre.
Le Conseil de Cheffe : le risotto est un plat qui attend très mal. Je préfère toujours faire patienter mes invités quelques minutes plutôt que laisser un risotto terminé patienter dans la casserole.
Variations et accords parfaits
Une recette traditionnelle devient encore plus intéressante lorsqu’on apprend à la faire évoluer. C’est d’ailleurs l’une des choses que j’aime le plus en cuisine : partir d’une base maîtrisée, puis changer un parfum, une texture ou un accompagnement selon la saison et l’envie du moment.
Ma Touche Créative : une version à la sauge et aux noisettes
La courge et la sauge forment un accord merveilleux.
Faites fondre une petite noix de beurre dans une poêle et ajoutez quelques feuilles de sauge. Laissez-les frire doucement jusqu’à ce qu’elles deviennent légèrement croustillantes.
Déposez-les sur le risotto juste avant de servir, avec quelques noisettes torréfiées grossièrement concassées.
Vous obtenez alors un plat plus complexe, avec des notes boisées, grillées et légèrement herbacées.
Ma Touche Créative : une version au bleu
Pour un risotto plus intense, remplacez environ un tiers du parmesan par un fromage bleu doux.
À Lyon, j’aime parfois utiliser une fourme relativement crémeuse. Ajoutez-la en toute fin de cuisson et laissez-la fondre doucement.
La douceur de la courge équilibre très bien le caractère du fromage.
Accords Gourmands : le vin
Avec ce risotto, je choisirais volontiers un blanc de la vallée du Rhône, comme un Saint-Joseph blanc ou un Crozes-Hermitage blanc. Leur rondeur accompagne la texture du plat tandis que leur fraîcheur évite toute sensation de lourdeur.
Une autre très belle option consiste à servir un Chardonnay sec, suffisamment vif mais sans excès de bois.
Si vous préférez un accord sans alcool, un jus de pomme artisanal peu sucré, servi bien frais, fonctionne étonnamment bien avec la douceur de la courge.
Accords Gourmands : l’accompagnement
Ce risotto peut parfaitement constituer un plat complet.
Si vous souhaitez ajouter un accompagnement, privilégiez quelque chose de frais et légèrement acidulé. Une salade de jeunes pousses assaisonnée avec une vinaigrette au citron et à la moutarde apportera un contraste très agréable.
Conservation, congélation et réchauffage
Un risotto est toujours meilleur lorsqu’il vient d’être préparé, mais il serait dommage de jeter les restes. Avec quelques précautions, ils peuvent être conservés et surtout transformés intelligemment.
Conservation
Laissez le risotto refroidir rapidement après le repas.
Placez-le ensuite dans un contenant hermétique et conservez-le au réfrigérateur.
Je recommande de le consommer idéalement dans les 24 à 48 heures.
Évitez de laisser un plat de riz cuit plusieurs heures à température ambiante. Dès que le repas est terminé, placez les restes au frais une fois qu’ils ont suffisamment refroidi.
Congélation
Techniquement, le risotto peut être congelé, mais ce n’est pas la méthode que je privilégie.
Après décongélation, le riz devient souvent plus mou et perd la texture légèrement ferme que nous recherchons.
Si vous devez malgré tout le congeler, placez-le complètement refroidi dans un récipient hermétique en petites portions.
Décongelez-le ensuite lentement au réfrigérateur avant de le réchauffer.
Je préfère en revanche congeler séparément la purée de butternut. Elle supporte très bien la congélation et peut ainsi être utilisée pour préparer un nouveau risotto quelques semaines plus tard.
Réchauffage
Évitez le four, qui dessécherait rapidement le riz.
Placez plutôt le risotto dans une casserole à feu doux avec quelques cuillères de bouillon ou d’eau.
Remuez délicatement jusqu’à ce qu’il retrouve une texture crémeuse.
Vous pouvez ajouter une petite noix de beurre ou une cuillère de parmesan en fin de réchauffage pour lui redonner davantage d’onctuosité.
Je dois toutefois vous confier une autre astuce de cuisinière : les restes de risotto font d’excellentes galettes. Mélangez le riz froid avec un œuf, formez de petites galettes puis faites-les dorer à la poêle. Vous transformerez ainsi un reste en un nouveau plat très gourmand.
FAQ : vos questions fréquentes
Lorsque je sers un risotto lors de mes ateliers ou à ma table d’hôtes, les mêmes questions reviennent souvent. Voici donc les réponses aux interrogations les plus courantes afin que vous puissiez adapter la recette avec confiance.
Puis-je préparer ce risotto sans vin blanc ?
Oui, tout à fait.
Le vin apporte principalement une petite note d’acidité qui équilibre la richesse du beurre et du parmesan.
Vous pouvez simplement le remplacer par une quantité équivalente de bouillon et ajouter, en toute fin de cuisson, quelques gouttes de jus de citron.
N’en mettez pas trop. Le citron doit simplement apporter de la fraîcheur, sans transformer la saveur du risotto.
Pourquoi mon risotto devient-il trop épais ?
Le riz continue d’absorber du liquide même après avoir été retiré du feu.
C’est la raison pour laquelle je termine toujours mon risotto avec une texture légèrement plus fluide que celle que je souhaite dans l’assiette.
Si votre risotto devient trop épais, ne vous inquiétez pas. Ajoutez simplement une petite quantité de bouillon chaud et mélangez délicatement.
Procédez cuillère par cuillère afin de ne pas le rendre trop liquide.
Un bon risotto doit rester souple et couler doucement lorsqu’on incline l’assiette.
Puis-je rendre cette recette végétalienne ?
Oui, avec quelques adaptations.
Utilisez un bouillon de légumes garanti sans ingrédients d’origine animale.
Remplacez le beurre par une bonne huile d’olive ou une margarine végétale de qualité.
Pour remplacer le parmesan, vous pouvez ajouter une ou deux cuillères de levure maltée, éventuellement accompagnées d’une petite cuillère de purée de noix de cajou.
La texture et le goût seront différents de la recette traditionnelle, mais vous conserverez cette sensation crémeuse et enveloppante qui fait tout le charme du plat.
Puis-je préparer la courge à l’avance ?
Absolument, et c’est même une excellente façon de gagner du temps.
Vous pouvez préparer la purée de butternut jusqu’à deux jours à l’avance et la conserver au réfrigérateur dans un récipient hermétique.
Les dés rôtis peuvent également être préparés quelques heures avant le repas, puis rapidement réchauffés au four.
En revanche, je vous conseille de cuire le risotto juste avant de passer à table.
Comment savoir si le riz est parfaitement cuit ?
Goûtez-le.
C’est la méthode la plus fiable, et c’est exactement ce que font les cuisiniers professionnels.
Le grain doit être tendre à l’extérieur, mais conserver une légère résistance au centre.
Il ne doit ni croquer franchement, ni être complètement mou.
Commencez à goûter votre riz après environ 15 minutes de cuisson. Vous pourrez ainsi suivre son évolution et arrêter la cuisson au moment précis où sa texture vous plaît.
Conclusion
Ce risotto à la courge butternut et au parmesan résume assez bien ce que j’aime dans la cuisine d’automne : des produits simples, des parfums chaleureux et une préparation qui transforme quelques ingrédients modestes en une assiette généreuse.
La douceur de la courge, le caractère du parmesan et la texture crémeuse du riz créent ensemble un plat à la fois familier et élégant. Et surtout, ne soyez pas intimidé par le risotto. Une fois que vous aurez compris son rythme, vous réaliserez qu’il demande davantage d’attention que de difficulté.
Je vous encourage aussi à vous approprier la recette. Ajoutez quelques feuilles de sauge, des noisettes grillées, un fromage différent ou simplement un peu plus de poivre selon votre humeur.
C’est ainsi que j’aime cuisiner : avec une base solide, un peu d’instinct et beaucoup de plaisir.
À vos casseroles, et surtout, goûtez souvent. C’est encore la meilleure façon de cuisiner juste.









